
Quand vous démarrez une isolation thermique par l’extérieur (ITE), on compare tout… et on oublie souvent l’essentiel : le sous-enduit ITE. C’est pourtant lui qui conditionne planéité, solidité et tenue de la finition.
Pourtant, c’est lui qui fait la différence entre une façade bien plane, solide, prête à recevoir une belle finition à la chaux ou un enduit mince… et une façade pleine de vagues, de lignes et de défauts qui vous sautent aux yeux dès que vous reculez de quelques mètres.
Les erreurs sur le sous-enduit ITE ne pardonnent pas vraiment. Vous voyez apparaître des lignes verticales et horizontales, des bandes de treillis qui ressortent en lumière rasante, des creux et des bosses, des fissures trop précoces, un rendu final décevant alors même que vous avez choisi un excellent enduit de finition.
Dans ce qui suit, je vous propose de passer en revue trois grandes erreurs qui gâchent un sous-enduit ITE, que vous travailliez sur fibre de bois, PSE, laine de roche ou mousse résolique. Et surtout, nous allons voir comment les éviter… ou les rattraper quand le mal est déjà fait.

Erreur n°1 : croire que le sous-enduit ITE va “tout rattraper tout seul”
C’est le grand classique en auto-construction.
Le scénario, vous le connaissez peut-être. Vous posez l’isolant, pas toujours parfaitement d’ailleurs : il y a parfois des décalages, de petites marches d’un panneau à l’autre. Vous mettez en place le treillis, vous passez le sous-enduit, vous reculez un peu… et vous vous dites : « Ce n’est pas parfait, mais l’enduit de finition masquera tout ça. »
En réalité, non. Un enduit de finition fin ne corrige pas les gros défauts de planéité. Au contraire, il a tendance à les faire ressortir.
Le vrai rôle d’un sous-enduit ITE
Un sous-enduit ITE armé (type colle-enduit, sous-enduit chaux ou ciment/chaux avec treillis) n’est pas là pour faire “une couche en plus”. Il a plusieurs missions très précises.
D’abord, il doit enrober correctement le treillis d’armature. Concrètement, le treillis doit être noyé dans le tiers extérieur de l’épaisseur d’enduit, sans bulles, sans vagues, et surtout sans apparaître en surface. S’il affleure, il sera fragile mécaniquement et visible en lumière rasante.
Ensuite, c’est ce sous-enduit qui assure la planéité globale de la façade. Ce n’est pas un enduit décoratif, mais c’est lui qui amène votre façade “à peu près au cordeau”, qui limite les creux et les bosses, casse les marches entre panneaux et évite l’effet façade gondolée une fois que tout est sec.
Enfin, il doit offrir un support homogène à la finition. Un enduit de finition ne peut pas compenser un support fissuré, hétérogène ou très ondulé. Si le sous-enduit est brouillon, vous ajoutez une belle finition sur une base déjà bancale, et c’est la finition qui va payer la note.
Ce qui se passe quand vous comptez sur la finition pour “tricher”
Sur un chantier ITE en fibre de bois ou en PSE, les symptômes sont toujours un peu les mêmes. Les lignes verticales et horizontales correspondent souvent aux joints de panneaux ou aux zones où la règle ou le platoir n’ont pas été passés en croisant les mouvements. Les creux et bosses apparaissent là où la charge d’enduit n’est pas régulière, où il n’y a pas eu de contrôle à la règle de 2 m, ou tout simplement en fin de journée quand la fatigue et la précipitation prennent le dessus. Le treillis, lui, devient visible en transparence quand il manque de matière ou quand il a été posé trop près de la surface.
Un enduit de finition fin — Pozonovo fin, enduit mince décoratif, badigeon ou produit au silicate — reste sur quelques millimètres d’épaisseur. Même appliqué avec soin, il ne peut pas rattraper un creux de 5 à 10 mm, effacer des lignes de treillis marquées ou rendre plane une façade qui ondule de partout.
Comment éviter cette erreur dès le départ ?
Considérez le sous-enduit ITE comme une phase de dressage. La mise en œuvre se fait avec les petits outils, mais la planéité se vérifie à la règle de 2 m, en horizontal, en vertical et en diagonale.
Acceptez qu’une seconde passe puisse être nécessaire. Si la façade d’origine est très irrégulière, ce n’est pas un échec : c’est respecter les règles de l’art.

Erreur n°2 : ne pas contrôler la planéité du sous-enduit ITE au fur et à mesure
Deuxième piège fréquent : vous réalisez toute la façade, vous talochez, vous rangez… et c’est seulement quand vous reculez que vous découvrez un paysage de vagues, de marches et de bandes visibles. À ce stade, l’enduit a déjà pris, et chaque correction devient plus lourde.
La règle de 2 m, votre meilleure alliée en ITE
Sur une ITE (surtout en fibre de bois), la règle de 2 m n’est pas un gadget. Utilisez-la pendant que l’enduit est encore travaillable.
- 2–3 mm : rattrapable dans la passe en cours.
- ≥ 5 mm répétés : prévoir une vraie passe de dressage complémentaire.
Les causes sont classiques : charge irrégulière, absence de guides, joints d’isolant mal préparés, retours trop tardifs.
Rattraper une façade déjà sous-enduite et irrégulière
- Terminez les angles et points singuliers : baguettes d’angles, tableaux, linteaux, gouttes d’eau.
- Diagnostic à la règle de 2 m : notez 3–5–8 mm pour mesurer l’ampleur.
- Choix franc : défauts isolés → reprises locales immédiates ; défauts répétés → seconde passe globale.
- Pendant la passe, croisez vos mouvements et contrôlez souvent.
- Avant finition : support plan, homogène, sec, solide.
Visionnez cette vidéo d’application 👇🏻
Erreur n°3 : bâcler la gestion du treillis d’armature
Le treillis, c’est le squelette du système. Mal géré, il provoque fissures au droit des joints, lignes visibles et fragilités mécaniques.
Erreurs fréquentes
- Recouvrements insuffisants ou absents.
- Treillis trop près de la surface (visible, exposé aux chocs/UV).
- Bulles/vagues qui empêchent l’enduit de plaquer.
- Découpes simplistes autour des ouvertures, sans renforts diagonaux.
La bonne méthode
- Toujours ce référer aux documents de mise en œuvre du fabricant : lien.)
- 1ʳᵉ passe régulière (épaisseur mini fabricant). Travail par zones.
- Pose du treillis dans le frais, tension correcte, marouflage du centre vers les bords.
- Recouvrement conforme au système (souvent ~10 cm).
- 2ᵉ passe pour enrober : treillis au tiers extérieur et invisible.
- Baguettes d’angle + renforts 45° aux baies.

Peut-on parler de “chantier raté” si le sous-enduit ITE n’est pas parfait ?
Non. Si l’isolant est bien fixé, l’adhérence correcte et le treillis présent, une passe de dressage remet le chantier dans le droit chemin. Sur un premier chantier d’ITE, il est fréquent de devoir repasser une couche complète ou d’ajouter une phase de dressage non prévue : ce n’est pas un échec, c’est l’apprentissage.
En résumé
Les trois grandes erreurs sur un sous-enduit ITE :
- compter sur la finition pour rattraper ;
- négliger le contrôle à la règle de 2 m ;
- bâcler la gestion du treillis.
Dans la majorité des cas, la façade est rattrapable : diagnostic calme, passe complémentaire si besoin, et planéitéremise au centre avant la finition.
Dites-moi en commentaire où vous bloquez le plus aujourd’hui : joints de panneaux, planéité, treillis, gestion du temps de prise… Cela orientera mes prochains contenus.